En Guyane, le mot « camping » ne veut presque jamais dire « planter une tente ». Ici, dormir en pleine nature, c’est avant tout suspendre son hamac sous un carbet, au cœur de la forêt amazonienne ou au bord d’un fleuve. Cette manière de bivouaquer, héritée des modes de vie amérindiens et bushinengués, est à la fois la plus authentique et la plus adaptée au climat équatorial. Avant de partir, mieux vaut comprendre le concept, savoir quel matériel emporter, où poser son hamac et comment rester en sécurité dans un milieu aussi exubérant que la jungle guyanaise. Voici un guide complet pour préparer votre première nuit amazonienne.
Qu’est-ce qu’un carbet, le cœur du camping guyanais ?
Le carbet est un abri ouvert, généralement une charpente en bois recouverte d’un toit de tôle ou de feuilles, sans murs. Sa fonction principale n’est pas de vous enfermer mais de vous protéger de la pluie et du soleil tout en laissant circuler l’air, indispensable sous les tropiques. On y suspend son hamac aux poteaux porteurs, et la vie s’organise autour : on y cuisine, on y discute, on y sèche ses affaires.
Vous croiserez plusieurs types de carbets :
- Carbets de forêt : rustiques, sur les sentiers de randonnée et les sites de bivouac, parfois avec un simple point d’eau à proximité.
- Carbets de fleuve : installés sur les berges du Maroni, de l’Approuague ou de la Comté, étapes classiques des descentes en pirogue.
- Carbets flottants : emblématiques du marais de Kaw, ils permettent de dormir au-dessus de l’eau et d’observer la faune au lever du jour.
- Carbets aménagés : chez des prestataires ou des familles, parfois équipés de sanitaires et d’électricité solaire, parfaits pour une première expérience.
La nuitée en carbet collectif reste l’une des plus abordables : comptez le plus souvent une fourchette de quelques euros à une vingtaine d’euros par personne selon le confort, hors prestations guidées. Vérifiez toujours les conditions exactes auprès du prestataire, car les tarifs varient fortement.

Le matériel essentiel : hamac, moustiquaire et le reste
En Guyane, votre lit, c’est votre hamac. Le bon équipement fait toute la différence entre une nuit reposante et une nuit blanche.
- Hamac avec moustiquaire intégrée : c’est l’achat numéro un. Privilégiez un modèle « tropical » avec moustiquaire cousue et toit imperméable (bâche ou tarp séparé), car les averses arrivent sans prévenir.
- Cordes et tendeurs solides : pour suspendre le hamac entre deux poteaux ou deux arbres, avec une légère pente pour évacuer l’eau.
- Bâche (tarp) : indispensable au-dessus du hamac si celui-ci n’a pas de toit intégré.
- Sac de couchage léger ou drap chaud : il fait étonnamment frais la nuit en forêt à cause de l’humidité.
- Lampe frontale + piles de rechange : la nuit tombe vite et tôt, vers 18 h toute l’année.
- Anti-moustiques puissant (à base de DEET ou d’icaridine) et vêtements longs clairs.
- Sacs étanches pour protéger vêtements, papiers et électronique de l’humidité permanente.
- Eau et pastilles de purification : ne buvez jamais l’eau des criques sans la traiter.
- Trousse de premiers secours avec désinfectant, pansements et antihistaminique.
Un conseil pratique : apprenez à monter et démonter votre hamac avant le départ. Le faire pour la première fois sous la pluie, à la nuit tombée, n’a rien d’agréable.
Où camper et dormir en carbet en Guyane ?
Les possibilités sont nombreuses, du site très accessible au bivouac d’expédition.
- Marais de Kaw : sans doute l’expérience la plus emblématique, avec ses carbets flottants et son extraordinaire concentration d’oiseaux et de caïmans. À découvrir plus en détail dans notre guide du marais de Kaw.
- Îles du Salut : un séjour sur l’île Royale permet de dormir dans un cadre chargé d’histoire, à proximité des anciens bagnes.
- Fleuves Maroni, Approuague et Comté : les descentes en pirogue enchaînent les nuits en carbet de berge, au plus près des villages et de la forêt.
- Sentiers autour de Cayenne, Rémire-Montjoly et Roura : pour des sorties courtes ou une première nuit en carbet sans s’éloigner. Idéal à combiner avec nos suggestions de randonnées en Guyane.
- Réserves et montagnes de l’intérieur : sites plus engagés, réservés aux bivouacs encadrés par un guide.
Pour les sorties profondes en forêt comme sur les fleuves, partir avec un guide local n’est pas une option mais une nécessité : il connaît les sites de bivouac, la météo, la faune et les règles d’accès aux réserves.

Bivouac en forêt, sur les criques et les plages
Le bivouac varie beaucoup selon le milieu choisi, et chacun a ses contraintes.
En forêt profonde, on suit des layons (sentiers ouverts à la machette) jusqu’à un carbet ou un emplacement dégagé. L’humidité est constante, la lumière faible même en journée, et l’orientation difficile : c’est le terrain où l’accompagnement d’un guide prend tout son sens.
Au bord des criques (les rivières d’eau douce, souvent claires et fraîches), le bivouac est plus lumineux et la baignade tentante. Méfiez-vous toutefois de la montée rapide des eaux après une averse en amont : ne plantez jamais votre campement trop bas sur la berge.
Sur le littoral et les plages (Rémire-Montjoly, plages de l’est), le camping est surtout intéressant en saison de ponte des tortues marines, entre avril et juillet. Respectez alors une distance stricte avec les animaux, n’utilisez aucune lumière directe vers la plage et suivez les consignes des associations de protection. Sur l’ouest sauvage, méfiez-vous des grandes marées et des bancs de vase.
Sécurité en milieu équatorial : faune, météo et marées
La forêt guyanaise est généreuse mais exigeante. Quelques règles simples réduisent fortement les risques.
Faune et précautions
- Secouez chaussures et vêtements avant de les enfiler : scorpions, mygales et araignées s’y abritent volontiers.
- Regardez où vous posez les mains et les pieds, surtout près des racines et des berges, à cause des serpents (certains venimeux). Ne marchez jamais pieds nus la nuit.
- Tenez la nourriture fermée et suspendue pour éloigner rongeurs et insectes.
- Évitez de toucher la faune et la flore inconnues ; certaines chenilles et plantes sont urticantes.
Météo, eau et terrain
- La Guyane connaît une saison des pluies (de décembre à juillet environ, avec un court répit en mars) et une saison sèche (de juillet à novembre). Cette dernière est la plus confortable pour bivouaquer.
- Les orages tropicaux sont violents et soudains : ancrez bien votre bâche et éloignez-vous des arbres morts ou fragiles.
- Hydratez-vous en continu : la chaleur et l’humidité font transpirer énormément, même à l’ombre.
- Surveillez la montée des criques et les marées sur le littoral et les fleuves à influence maritime.
Santé et organisation
- Mettez à jour vos vaccins et protégez-vous des moustiques (paludisme et dengue restent présents dans certaines zones de l’intérieur).
- Prévenez toujours quelqu’un de votre itinéraire et de votre date de retour.
- Le réseau téléphonique est inexistant dès que l’on s’enfonce dans la forêt : ne comptez pas dessus.
Meilleure période et conseils d’organisation
La saison sèche, de juillet à novembre, offre les conditions les plus agréables : sentiers moins boueux, ciel plus dégagé et nuits plus confortables. Le marais de Kaw et l’observation de la faune restent toutefois intéressants une grande partie de l’année.
Pour une première expérience, privilégiez une nuit unique en carbet encadrée près de Cayenne ou au marais de Kaw avant de vous engager dans une expédition de plusieurs jours. Réservez vos sorties guidées à l’avance en haute saison, et confirmez systématiquement les tarifs, le matériel fourni et le point de rendez-vous avec le prestataire. Pensez enfin à conserver des affaires sèches dans votre hébergement de base : retrouver des vêtements propres après deux jours d’humidité est un vrai luxe.
Où loger entre deux nuits nature ?
Le bivouac, c’est intense, et beaucoup de voyageurs alternent volontiers les nuits en carbet et des nuits confortables à Cayenne pour récupérer, faire sécher leur matériel et planifier la suite. C’est aussi l’occasion d’une bonne douche, d’un vrai lit et d’une baignade reposante.
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